Sott’a lu punte

Tout le monde était maintenant à bord. En attendant l’ordre de lever l’ancre, tous profitaient de la fin de la soirée pour écouter Wally qui s’était mise au piano. Elle frappa quelques accords puis s’engagea dans le lent tempo d’une berceuse. L’air de Sott’a lu punte monta doucement, s’installa dans la pièce dont les parois s’ouvrirent vers des mers chaudes, vers des montagnes couvertes de châtaigniers, de lentisques, de myrtes et des champs torturés par l’altitude, couverts d’immortelles odorantes. La berceuse lui évoquait les meilleurs moments de sa tendre enfance, avant que sa mère, corse d’adoption, arrivée d’Italie avec sa famille pour une vie meilleure, ne soit enlevée par un touriste irrésistible mais autrichien. Jonas assis sur le pont extérieur aurait bien voulu que Wally leur rejoue ce morceau qu’il trouvait étrangement poignant. Plus loin dans le salon, Wally reprit la parole.

On raconte que des gendarmes couraient après un bandit corse. Il eut la mauvaise idée d’aller se réfugier chez sa femme. Les gabelous s’y rendirent pour fouiller la maison. Avant qu’ils n’entrent, elle installa son époux dans le berceau de son jeune fils et le couvrit de façon à le cacher. Et assisse à côté du berceau, elle se mit à chanter pour son faux bébé une berceuse qui devait l’endormir malgré la présence des gendarmes. Ces derniers ne se méfièrent pas et après avoir visité les quelques pièces de l’humble demeure, s’en allèrent sans avoir compris la ruse de la maman. Les deux femmes riaient silencieusement à l’évocation des pandores passant à côté du fugitif sans rien y voir qu’un bébé endormi.

Erwan Boismarin. Musicien polyvalent, chef d’orchestre et arrangeur de talent, il aime se diversifier et compose des œuvres originales pour la scène, la télévision et le cinéma. L’idée de sonoriser un livre en y apportant sa créativité l’a séduit comme le seront sans doute les lecteurs de ce livre augmenté