Le romantisme venu d’Allemagne.

La source du renouvellement de la musique au 18eme siècle viendra des pays du Rhin. Bien plus, elle viendra d’abord d’intellectuels allemands qui comme Friedrich Wilhelm (1775- 1854), philosophe, lance avec quelques amis ce qui deviendra le romantisme, d’ailleurs bien mal nommé. Bien mal nommé, parce que l’on devrait plutôt parler de remise en cause révolutionnaire de l’approche des arts en général. Wilhelm et ses complices, son frère August, Friedrich Von Schlegel, Novalis et Ludwig Tieck  sont des intellectuels qui entendent s’inscrire dans la remise en cause des canons de l’art traditionnel. C’est dans l’air du temps. Partout en Europe, les peuples réclament des changements. Pour sa part l’artiste réclame l’absolue liberté pour sa créativité. C’est l’époque où la création musicale dépend d’abord des caprices du prince ou des archevêchés commanditaires des œuvres. Pour les tenants « du romantisme », l’artiste se doit de s’opposer aux codifications et au classicisme qui font autorité dans tous les domaines artistiques et trouver ou retrouver la capacité à « inventer » des émotions nouvelles. La révolution romantique commencera donc par la philosophie et la littérature. C’est l’époque de la révolution française, de l’ère napoléonienne, puis la restauration, les premiers développements des manufactures et donc l’émergence de la classe ouvrière, mais aussi la montée de la bourgeoisie qui deviendront des consommateurs de cette renaissance des arts et des lettres. Plus tard, dans le domaine de la peinture on parlera du « dadaïsme », du surréalisme qui fera la fortune de Picasso en passant par le cubisme, vite oublié.

La musique va devenir le support à cette révolution des esprits qu’illustre en France les hommes comme Jean Jacques Rousseau et qui porte atteinte aux discours sur la raison de Descartes puisqu’il s’agit ici de trouver les clés des sentiments profonds plus que celles de la rationalité. On condamnera les vains effets de la virtuosité pour retrouver le langage secret qui parle aux cœurs des hommes. L’exaltation du romantisme sera servie par la musique. Elle portera le sacré, valorisera la hauteur des sentiments, « C’est par les sons que nous apprendrons à sentir « le sentiment », qui atteindront les recoins cachés de notre esprit pour l’enrichir de nouveaux dons » dira l’un des papes berlinois de cette révolution des arts et des lettres, Heinrich Wackenroder.

Dans une société corsetée, bridée par de multiples conventions sociales, la musique va devenir un instrument destinée à briser tout académisme, ce qui donnera, on s’en doute, des résultats pas toujours très agréables à l’oreille. Ce sera l’époque d’une richesse créative inouïe et l’émancipation progressive des créatifs qui, au travers de la multiplication des théâtres et des salles d’opéra accessibles à tous, peuvent envisager de vivre directement de la musique, non sans risque bien sûr. Le mécène est devenu un public anonyme toujours curieux et avide des sensations que peuvent lui apporter les artistes plus libres aussi de l’utilisation des instruments, des thèmes et de l’articulation de ses partitions. Une ère nouvelle « romantique » parce que basée sur l’accès libre aux émotions, qui laissera dans l’histoire des compositeurs inspirés et des œuvres magnifiques qui parlent à l’âme autant qu’à l’esprit.