La Russie a toujours eu des relations compliquées avec l’Europe.

Jonas Raveszac, mafieux d’esprit curieux, avait sa propre analyse des rapports entre la Russie et ses voisins européens. Pour ce dernier, la Russie a toujours eu des relations compliquées avec l’Europe. De préférence à la tentation d’une Russie eurasienne, celle-ci est plutôt attirée par le modèle européen sauf que les russes se sont toujours sentis « de trop » à la table de la modernisation de l’espace européen. Comme le raconte une spécialiste de l’histoire de l’URSS, madame Carrère d‘Encausse, les russes ont souffert d’une sorte de négationnisme de la part de leurs voisins occidentaux que les « regardaient de haut ». Pourtant les russes ne sont plus des moujiks incultes et ils aspirent eux aussi aux bienfaits du progrès, de la civilisation.  Après avoir été un bouclier à l’hégémonie nazi, la Russie protège les valeurs chrétiennes et occidentales de l’Europe. Contrairement à l’Europe, elle est tenue d’entretenir des relations étroites avec ses proches voisins que sont la Turquie, La Syrie, l’Egypte, l’Irak, l’Iran ou encore le Kazakhstan. Autant de pays avec lesquelles elle est obligé de composer compte tenu de la forte présence de ses ressortissants musulmans. Durant son histoire mouvementée, bien que de religion orthodoxe, elle s’est donné la mission de protéger les catholiques contre les visées de l’empire ottoman. Pendant des décennies elle a contenu les visées territoriales des turques à qui elle a fait la guerre à plusieurs reprises. Un temps allié, un temps adversaire !

Nos concitoyens d’aujourd’hui ne se souviennent sans doute pas de l’élégance de leur Tsar Alexandre en avril 1814, lors de l’abdication de Napoléon vaincu par les armées alliées du futur Louis XVIII. Alors que les russes tenaient et occupaient Paris, l’occupation se passa sans exactions, sans pillage, sans maltraitance. Ce qui valut à l’armée russe, installée un peu partout dans Paris et ses faubourgs, dont les champs Elysées, de faire l’objet d’une grande curiosité de la part des parisiens. Durant les négociations qui suivront, le Tsar Alexandre protègera la France, qu’il considère comme une alliée, des conséquences de sa défaite par un pacte d’alliance qui sera signé en 1891. Paris reconnaissante lui dédiera un pont, le pont Alexandre III, inauguré lors de l’exposition universelle en 1900 et destiné à symboliser l’amitié franco-russe. Car, notre diplomatie semble l’avoir oublié, les russes sont des francophiles, amoureux de la France de la révolution, une société française qui – mais ne le répétez pas – semble avoir réussi un socialisme humain qui leur a échappé.

L’empire soviétique s’est épuisé moralement et économiquement à faire vivre le mythe d’un communisme heureux, erreur que font les occidentaux de leur côté en s’imaginant qu’il existe un capitalisme heureux. Le pouvoir soviétique n’a jamais cessé de martyriser les nationalités et les nations sous son influence. Les déplacements massifs des populations, les modifications de leurs frontières, les exactions imposées ou subit par les uns ou les autres auront traumatisés une société russe qui se voit, malgré ses malheurs, considérée par ses voisins comme l’empire du mal. Pourtant ce sont les mères russes, et non les interventions occidentales, qui ont par leur courage révélés les brutalités de l’armée soviétique, y compris sur ses propres soldats. Que des millions de citoyens ont manifesté contre l’absolutisme des pouvoirs dans les régions au péril de leur vie.

Cette posture permet à l’Otan de présenter encore la Russie moderne comme une puissance malfaisante et justifier ses implantations militaires. Implantations ressenties comme autant de menaces et d’exemples de méfiance de ses proches voisins. La propagande des américains est particulièrement efficace sur les esprits européens, toujours peureux, douloureusement marqués par la dernière guerre. Pas grand monde ne se soucie de la complexité des relations qui existent entre la Russie et ses anciennes marches. Pays limitrophes, devenus indépendants mais encore habités par de très nombreux russes qui ont la nostalgie de l’empire, de l’URSS. Cette aspiration a entrainé l’intervention de Poutine, il ne pouvait faire autrement. Mais pour le comprendre encore fallait-il que les médias européens s’y attardent et expliquent la partition historique qui existait déjà bien avant les évènements de Maidan. Médias qui auraient tout intérêt à méditer sur ce reportage qui illustre bien le paradoxe de la situation russe et de sa présidence.