La Géorgie : une bavure politique d’envergure

Depuis la signature du traité de Georgiyevsk en 1783, la Géorgie a fait partie de l’empire russe. Dans les décennies suivantes, les retombées de l’influence russe ont été plutôt positives pour le pays qui détenait dans les années 70 la première place pour le nombre de diplômés d’études supérieures. Le fait que nombre de dirigeants soviétiques sont d’origine géorgienne (Staline, Chevardnadze …) leur aura sans doute permis de bénéficier d’une attention et d’une tolérance que n’auront pas d’autres régions, au point que certains observateurs russes parleront d’un « pays amolli par les dotations généreuses du grand frère ».

Cela n’empêchera pas la jeunesse de l’époque de vouloir se débarrasser de la tutelle soviétique qui ne cessait de brimer les peuples des pays de l’empire. La répression du 9 avril 1989 fera définitivement basculer le pays dans une révolte anti-communiste que ne manqueront pas d’exploiter les américains. La doctrine de l’époque, présentée par Zbigniew Brezinski dans son livre « Le grand Echiquier » vantait l’émergence de l’Eurasie consistant à porter l’influence américaine dans les pays réputés « post-communistes ».

Le sentiment antirusse va faciliter l’élection de Mickael Saakachvili à la présidence de la Géorgie, et le rapprochement avec l’Ouest comme ce sera le cas pour l’Ukraine et la Moldavie bien après les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) en attendant de se voir rejoint par la Biélorussie.  Les Américains, aidés de leurs dollars, vont s’engouffrer dans la place pour diminuer l’influence russe sans que cela n’apporte un quelconque avantage économique aux pays de l’Est ayant acceptés de troquer l’hégémonie américaine au lieu et place de celle des Russes.

Cette stratégie tendait à isoler de plus en plus la Russie de ses anciennes « colonies communistes » et surtout des pays européens. Grâce à cette doctrine, les américains bénéficiaient d’un glacis qui empêchait un rapprochement d’une Eurasie Européenne. De plus Washington a réussi à installer des bases militaires en Asie Centrale.  Très subtilement les américains sous des prétextes divers faisaient de l’OTAN l’outil de leur encerclement de la Fédération de Russie. Qui pouvait croire dans les chancelleries européennes, occupés par des diplomates chargés d’alcool mondain, que les Russes allait rester sans réagir.

Le nouvel homme fort de la Géorgie, Bidzina Ivanichili, outre le fait d’avoir le bon goût d’être multimillionnaire et de savoir investir son argent à bon escient pour sa notoriété personnelle, avait pour lui d’être un opposant d’abord discret à Saakachvili – qu’il avait soutenu à ses débuts- pour annoncer ensuite ses prétentions à la magistrature suprême. Mikhaïl Saakachvili, était alors fragilisé par ses erreurs politiques et stratégiques, ce qui ne mettait pas grand monde en émoi. La question qui se posait dans les chancelleries relevait d’une équation simple : était-il le candidat de Washington ou celui de Moscou !? Pas grand monde n’ignorait qu’il roulait d’abord pour lui.

Pour contrer l’influence du millionnaire qui se présentait contre lui, Mikhaïl Saakachvili fit voter une loi interdisant la bienfaisance à des « fins politiques », maladresse qui devait aller jusqu’à empêcher les compléments de salaires versés par le milliardaire aux professeurs et enseignants de sa province natale. Personne ne fut dupe, surtout venant d’un Saakachvili qui ne cessait d’inaugurer « des fontaines » et autres bâtiments construits avec l’argent des emprunts fait au FMI, donc en endettant le pays. En fait avec Bidzina Ivanichili, l’opposition qui végétait, avait trouvé l’homme qui pouvait prendre le relais d’un président de la Géorgie qui s’était discrédité tout seul. La désastreuse guerre contre l’Ossétie du Sud qui engendrera les manifestations monstres et les élections amenant à sa démission marquera les cruelles limites à son règne.