Multiplication des confrontations territoriales par la Russie !?

L’augmentation des survols de l’aviation soviétique, les intimidations de plus en plus fréquentes, les chicaneries permanentes aux frontières font monter sur le nord de l’Europe une tension qui inquiète les chancelleries. Doit-on s’attendre à une nième poussée du jeu de go – ni guerre, ni paix – que pratique Poutine depuis trois ans maintenant.

Dans les années 1300-1400 c’est un ordre des templiers germanique qui place l’Estonie sous l’influence des princes-évêques et l’ordre des moines soldats, recouvrant à la fois le territoire de l’Estonie et de la Lettonie. Cette conquête aboutit à la mise en place de deux classes de population bien distinctes : d’une part une minorité d’origine allemande qui constitue l’élite politique, militaire, religieuse, intellectuelle et qui monopolise le commerce et la propriété foncière, d’autre part les paysans, finno-ougriens sur le territoire estonien, dont le statut de serf – d’esclave – va se dégrader au fil des siècles. Cette division va perdurer plus ou moins jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.  La région des pays baltes est le théâtre de conflits qui l’opposent à des voisins de plus en plus puissants dont la Russie et la Suède. La défaite de la Suède face à la Russie en 1710 transforme pour deux siècles le territoire estonien en une région de l’Empire russe. La présence russe sera continue durant trois siècles, l’aristocratie germano-balte propriétaire de l’essentiel des terres continuant à tenir le parlement local. Les langues officielles étaient l’allemand et le russe. Cette double influence Germanique et Russe marquera l’histoire de la région. Une partie de cette population va entrer en résistance contre le pouvoir russe lorsque celui-ci tente d’imposer la langue russe et de diminuer l’influence de la langue allemande comme langue véhiculaire. A la fin de la première guerre mondiale, l’effondrement du pouvoir du Tsar et de la Russie permet à l’Estonie d’acquérir, comme ses voisins baltes, son indépendance et la création d’un régime parlementaire. Cette indépendance ne durera pas. Suite au pacte secret germano-soviétique de 1939, les élites germanophones quittent le pays et la Russie réoccupe l’Estonie au début de la seconde guerre mondiale. La vengeance des russes sera terrible qui ravage le pays. Les habitants vont se trouver face à un dilemme terrible lorsque l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique. L’Estonie mais aussi les autres pays baltes sont à nouveau envahis par les Allemands. Au gré des histoires familiales, les estoniens vont soit s’allier aux allemands pour frapper les russes, soit entrer en résistance pour soutenir les Russes qui reconquièrent le pays en 1944. Malgré une longue résistance d’une partie de ses habitants, l’Estonie sera transformée en une république du bloc soviétique de 1944 à 1991. Sous le prétexte de la reconstruction de Tallinn et du développement à grande échelle de l’industrie, une émigration massive depuis la Russie et les autres républiques soviétiques a eu lieu ; la population a alors dépassé le demi-million, et la portion d’Estoniens parmi celle-ci est devenue inférieure à 50 %. De ce fait pour leurs proches voisins, comme la Finlande, les Estoniens étaient considérés comme russes, ce qui n’était pas sans créer des tensions entre pays voisins et envers les migrants russes considérés comme des envahisseurs. L’antisoviétisme était un bagage culturel qui pèsera longtemps sur les comportements des populations de la région qui souffraient des privations consécutives au régime communiste. Privations suscitant des migrations quasi quotidiennes entre les pays de la région afin de se procurer des denrées sinon inaccessibles. A notre époque, il n’est pas surprenant que l’imperator Poutine – encouragé par l’immobilisme des européens et la forte présence des ressortissants d’origine russe – ait quelques visées sur les pays baltes. Néanmoins, avant de battre tambour dans chaque camp, il serait utile de respecter la voix des Estoniens qui semblent s’arranger avec bonheur de leur indépendance. Il faudra aussi que la Communauté cesse de bramer que la diplomatie doit être l’Alpha et l’Omega de la politique européenne. Pour un Poutine qui pratique un jeu ni guerre, ni paix depuis trois ans maintenant. ce n’est qu’un signal de faiblesse. Les Européens doivent montrer leur détermination et leurs muscles par la présence de troupes conséquentes sur les marches du nord de l’Europe. Après on peut discuter.