1941/ 1944 : La confrontation entre l’armée allemande et l’armée russe

Extraits d’un échange entre Jonas Raveszac et Malto Gümüs, l’homme du réseau de son grand père. (La petite pianiste de la Mafia)

Malto Gümüs n’avait pas pu résister au plaisir de montrer à Jonas l’importance des documents peu connu du grand public qui faisait partie de son fond. Il avait tenu par-dessus tout, après leur conversation ce soir-là, de lui offrir un ouvrage du camarade Chapochnikov, chef prestigieux de la dernière guerre qui racontait les années douloureuses des combats menés par les russes contre les allemands.

La contre-offensive russe avait été menée par Chapochnikov, chef d’Etat-major. Un des rares hommes qui avait gagné la confiance de Staline, qui sera nommé maréchal à la fin de la guerre. Il sera soutenu par de hauts gradés qui comme ses camarades Timochenko et Joukov prirent tous les risques pour retenir, gêner et enfin repousser l’offensive allemande. Pour Malto Gümüs, la première tâche de Chapochnikov, et non des moindres, fut de limiter l’influence de politiciens incompétents qui tentaient de jouer au chef de guerre. Vicktor Douchkine lui avaient raconté que ces derniers n’hésitèrent pas à tenter de discréditer Chapochnikov. Iéjov, le sinistre épurateur de l’armée, qui avait déjà à son actif plusieurs milliers de morts de haut gradés, tenta de le déstabiliser en faisant état de courriers compromettants. Mal lui en prit car Staline furieux lui intima l’ordre de « foutre la paix ! » à son général. Iéjov venait de gagner sa future disgrâce, d’ailleurs il en savait trop sur les purges de l’armée du tsar.

Lorsque les russes sont agressés par surprise par le régime hitlérien, ils doivent faire face sur un front de bataille qui partait de la Finlande, des pays baltes, couvrait la Russie blanche avec Moscou en englobant l’actuelle Biélorussie, l’Ukraine et la Crimée, la région du Don (Stalingrad) et le Caucase et enfin le Turkestan. L’Etat-major russe devait faire face à un front de 7000 kilomètres. Un défi stratégique dont peu de militaires peuvent se vanter de l’avoir jamais abordé.

Dès les premières heures du 21 juin 1941, la Luftwaffe a détruit 50% de l’aviation russe, la Wehrmacht avance si vite qu’elle ne cesse de faire des dizaines de milliers de prisonniers, ce qui affectent le moral des troupes malgré le soin du Politburo de cacher la réalité des défaites. Elles s’enchaineront durant des semaines alors que l’état-major russe à Moscou voit tomber Bialystok, Minsk, Riga au nord, Smolensk, puis Viazma avant de voir l’Ukraine céder à son tour après une dure bataille autour de Kiev. Durant l’hiver 1941 -1942, Moscou tient encore. Ce sera là que les allemands seront bloqués et verront les russes reprendre l’initiative malgré un manque criant de matériel.

Face à la farouche résistance de la région de Moscou, les allemands modifient leur plan de bataille. Les Waffen-SS attaquent vers l’Ukraine et la Crimée en visant le pétrole de Bakou où ils seront stoppés à la hauteur de Stalingrad le long du fleuve Don. Une bataille épuisante de plusieurs mois qui se terminera en février 1943 avec la reddition de la 6eme armée allemande.

Entre 1942 et 1943, les russes reprennent l’initiative sur tous les fronts après avoir formidablement amélioré leurs armements qui surpassent souvent celui des allemands. L’Ukraine berceau de la Russie blanche, la Géorgie patrie de Staline seront libérés au prix de plusieurs centaines de milliers de morts.

L’ultime bataille de Koursk, du 5 au 23 juillet 43, sera sans doute la bataille de chars la plus célèbre de toutes les guerres. Plus de 500 000 allemands sont massés sur un front gigantesque avec l’ordre de défoncer le dispositif russe. Les allemands y perdirent plus de 2000 chars, 1500 avions et 100 000 hommes tués en moins d’une semaine. Le front s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres, jusqu’à Donetz, qui sera abandonné précipitamment par l’ennemi en août.

En 1944, les russes engagent à leur tour l’offensive sur l’ensemble des pays belligérants faisant subir à leur tour défaite sur défaite aux allemands. Au sud, à partir de l’Ukraine, les généraux russes reprennent l’initiative et s’emparent à leur tour du matériel allemand, des milliers de camions, de canons auto tractés et de chars. A Viborg, au nord les finlandais, alliés de l’Allemagne, craquent sous la poussée de l’armée rouge. En novembre de la même année, les jeux sont faits, les fronts allemands malgré de terribles engagements cèdent de partout, en Hongrie, à Autriche, en Pologne, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Slovaquie et bientôt en Allemagne où les russes arriveront le 12 janvier 1945.

SOURCE Cyrille Kalinov. Les maréchaux soviétiques parlent Stock 1950